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Au fond d’ cette rade t’es mon radeau Lili, Mon Saint Bernard et ma Sainte Vierge, Tes deux cannes si frêles me tiennent Lili, Pour franchir les caniveaux, T’es mon p’ tit phare, t’es mon p’ tit cierge, Tu sais… Mes seins bénis, mon porte poivrot, C’est vrai… Mois qui sirote comme un siphon percé, Ainsi font les paumés…
Du fond d’ mon gosier t’es mon ciel Lili, Mon point d’ancrage au bout du bar, T’as l’ regard gênant comme ces gosses Lili, Qui voient dans leur père un ivrogne, Tes cinquante mille grammes soutiennent mon lard, Tu sais… Supportent ma détresse qui cogne, C’est vrai… Au fond d’ ma poitrine oh quand je m’endors, A cuver sur ton corps…
Mais un jour on partira Lili, très loin d’ici, c’est promis, J’arrêterai de boire au moins toute une nuit…
Un soir lassée d’être mes béquilles Lili, T’as claqué la porte et ma joue, Ton cœur sous ta valise serrée Lili, Par un tendeur un peu lâche, Comme un p’ tit chien derrière tes g’ noux, J’ me traîne… Priant pour qu’ sur moi tu craches, Ta haine… Baisant l’ vrai plastique de tes escarpins, Sous les rires des marins…
Malgré mes jappements t’as embarqué Lili, Chialant comme un chiot dans les flaques, J’ai léché jusqu’à ta silhouette Lili, Jusqu’au cul carré du cargo, Mais moi j’ t’aimais plus que mille packs, Tu sais… A boire même plusieurs verres d’eau, C’est vrai… J’aimais sur fond de robes à fleurs ta peine, Le sourire de tes cernes…
Mais un jour tu reviendras Lili, Dans l’ creux d’ ma vie c’est écrit, Moi j’ boirais d’ l’eau pas que celle des caniveaux… Et puis tu sais on ira Lili, Dîner aux chandelles chez « P’ tit Louis », Là où t’aimais les nappes aux jolis bateaux… Mais dites moi que c’est elle Lili, Au bout du quai au bout d’ ma nuit, Du soleil plein les bras son sourire en cadeau…
Oui c’est toi Lili, C’est pas elle Lili, En attendant l’ prochain cargo, J’ vais aller m’ boire un p’ tit… Lili (bis)
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